VAR/MATIN 23 février 2016

VAR/MATIN 23 février 2016
26/12/2010

 

Gaspillage alimentaire

La nouvelle loi interdit désormais aux moyennes surfaces comme à la grande distribution de jeter des denrées consommables. Les associations caritatives varoises se préparent à la hausse des dons
C'est à se demander pourquoi on a attendu aussi longtemps... Car la loi contre le gaspillage alimentaire, non seulement votée à l'unanimité par le Parlement le 3 février (lire par ailleurs), satisfait également les associations humanitaires et les défenseurs de l'environnement. Dans l'opinion publique, l'article qui a marqué les esprits, c'est celui qui interdit dorénavant aux grandes et moyennes surfaces de jeter ou de rendre impropres à la consommation les denrées encore consommables. il était temps de graver ce principe dans le marbre. Même si la grande distribution dans le Var, les associations en témoignent, a acquis depuis de nombreuses années le réflexe du don.
Ce qui change dans les faits
En revanche, en incluant les moyennes surfaces (plus de 400 m2), la loi va certainement générer une nouvelle source d'approvisionnement pour les associations. A l’échelle du pays, cela devrait multiplier par dix le volume des dons », a calculé le président national de la Fédération des Banques alimentaires. « Des supérettes varoises nous ont contactés préventivement en vue d'un futur partenariat », confirme le président des Restes du cœur du Var, Maurice Georget
Ce qui fera évoluer la société
Mais un autre aspect de la loi réjouit également tous ceux qui luttent contre le gaspillage alimentaire. Désormais, la règlementation oblige le monde économie et l'Education   nationale  à   s'en   emparer. Les entreprises devront inclure la lutte contre le gâchis alimentaire dans la RSE (Responsabilité sociale et environnementale des entreprises). Et les élèves y seront systématiquement sensibilisés. Deux articles que certains auraient trop vite fait de classer au rang de gadgets. Le passé l'a prouvé à maintes reprises : légiférer permet aussi, à la longue, de changer les mentalités.
Ce qui devrait nous interpeller
Et, peut-être une fois la porte de chez soi fermée, ces nouvelles obligations, entérinées dans la sphère publique, contamineront elles la sphère privée. Car, comment l'oublier, en Europe, comme dans tous les pays développés, ce sont les foyers les premiers gaspilleurs alimentaires. Chacun d'entre nous jette, en moyenne par an, entre 20 et 30 kg de denrées, dont 7 kg encore emballés. La honte, quoi.
MIREILLE MARTIN


Banque alimentaire : « Organiser La logistique pour faire face »
Des allées entières d’aliments « secs » (lait, pâtes riz…)prêts à être distribués trois chambres froides où attendent les produits frais, des rayons consacrés à l'alimentation des jeunes enfants, etc.
Et au milieu de l'entrepôt de 2 200 m2, le va-et-vient incessant des chariots élévateurs et des bénévoles. Au siège de la Banque Alimentaire du Var, à La Garde, des véhicules arrivent vides et repartent pleins de nourriture. Et inversement.  « On ne souffre plus de la faim dans le Var. Aujourd'hui, distribuer de la nourriture, c'est permettre aux personnes, qui en ont besoin, de dégager un peu plus de moyens pour faire face à d'autres besoins élémentaires. » Une nouvelle source d'approvisionnement est toujours la bienvenue. « Mais il faut aussi penser à organiser tout ce qui en découle. » Le point avec François Teule, chargé de communication de la Banque alimentaire du Var et bénévole de longue date.
La Banque alimentaire du Var est bien évidemment favorable à la loi qui officialise en quelque sorte la lutte contre le gaspillage alimentaire... Évidemment. Cette lutte est à l'origine de la création de la Banque alimentaire en 1984 en France. On observait une progression de la pauvreté et en même temps un excédent de produits agricoles et une surproduction des industries agroalimentaires. Des associations comme le Secours catholique et Emmaüs ont réagi en créant la Banque alimentaire. Nous récoltons, stockons les denrées et les distribuons aux associations varoises. Soit, chaque année, environ 1 700 tonnes d'aliments qui bénéficient à environ 7 200 personnes.
Quelle est la part de denrées provenant des grandes surfaces?
C'est la plus importante. Chez nous, 900 tonnes, soit 55 % de nos stocks, proviennent de ce que nous appelons « la ramasse ». C'est-à-dire des denrées fraîches ou sèches que nous collectons chaque jour auprès des trente grandes surfaces avec lesquelles nous avons une convention. Le reste provient des stocks européens pour 35 %. Et pour 15 % de la collecte que nous effectuons tous les ans en novembre auprès des clients des supermarchés. Cette dernière source de produits est moins importante en quantité mais très précieuse. Elle nous permet de diversifier les produits.
Que va changer la loi?
Pas grand-chose du côté des grandes surfaces de plus de 1000 m2. Dans le Var, elles sont une centaine qui fonctionnent toutes, semble-t-il, en partenariat avec des associations. En revanche, le département compte environ 350 moyennes surfaces de plus de 400 m2 qui sont concernées par la nouvelle loi.Et devront assez rapidement organiser la distribution de leur surplus. Pour y faire face dans les meilleures conditions, les différents acteurs, associations, enseignes et pouvoirs publics, doivent se concerter pour organiser cette collecte élargie dans les meilleures conditions. Il ne faut pas négliger les problèmes logistiques qui découlent de ce nouveau texte : collecte, stockage, hygiène, sécurité alimentaire, etc. Nous-mêmes avec nos 80 bénévoles, nos six salariés, nos quatre véhicules frigorifiques, notre fourgon de 3T,51 et notre entrepôt de 2200 m2,
Nous ne pouvons pas actuellement, aller au-delà des 30 grandes surfaces que nous couvrons.
D'autres inquiétudes ?
Nous ne voudrions pas que l'état d'esprit évolue défavorablement. Actuellement, les associations et les grandes surfaces travaillent en partenariat : tout le monde est volontaire et y trouve son compte. Ceux qui donnent le font de bonne grâce, en s'efforçant de nous faciliter la vie, en triant, rangeant correctement les denrées, etc.
Nous espérons simplement que les nouveaux commerces, contraints, eux, par loi à donner leurs excédents, auront la même attitude envers les associations.